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Innovation
FASO
24 avril 2026
La start-up Belver développe des drones dotés d’intelligence artificielle pour détecter et effaroucher les oiseaux nuisibles aux cultures. Lauréate de l’appel à projets numérique 2025, elle s’attaque à une problématique urgente du terrain.
C’est un peu la fable du corbeau et du renard… version 3.0. À force de voir près de 20 % de la récolte familiale de myrtilles disparaître chaque année sous le bec des oiseaux, Audric Strumpler décide en 2023 de passer à l’action. Ici, pas de flatterie pour les convaincre de lâcher prise. À la place, une stratégie d’effarouchement d’un nouveau genre : des drones autonomes chargés de surveiller et protéger les cultures, jour et nuit.
Ainsi naît la société Belver, cofondée avec Arthur Obé. Lasers aléatoires, signaux sonores, ultrasons…, les drones embarquent plusieurs dispositifs destinés à perturber les oiseaux et autres animaux nuisibles. Ils limitent aussi leur accoutumance.
« Nous formulons l’hypothèse que si l’accès à la nourriture devient plus difficile dans les parcelles agricoles, cela pourrait ralentir la reproduction de certaines espèces nuisibles, explique Audric Strumpler. Et donc, réduire la pression sur les cultures. »
Quel lien alors avec la filière des oléoprotéagineux et l’appel à projets financé par Sofiprotéol avec le FASO ? « Nous partageons exactement la même problématique, souligne-t-il. Par exemple, en tournesol, les agriculteurs sont souvent contraints de retourner leur parcelle et ressemer. Sinon, ils se contentent de rendements faibles. C’est la réalité quotidienne de milliers d’exploitations. Nous faisons face à un problème majeur, et surtout urgent. »
Lorsqu’il découvre l’appel à projets de Sofiprotéol, Terres Inovia et la Ferme Digitale à l’automne 2025, il y voit l’occasion de perfectionner la technologie et d’en accélérer le déploiement. « Aujourd’hui, notre système doit encore faire ses preuves sur le plan économique. Or, le coût des technologies que nous développons, notamment l’intelligence artificielle, reste élevé. » Surtout, lorsqu’il le confronte au revenu potentiel généré sur des surfaces oléoprotéagineuses.
Ce soutien permettra à Belver de mener deux années d’essais sur le terrain. « Dans le cadre du projet Belver Oléopro, nous voulons démontrer que nous sommes capables de réduire durablement les dégâts. »
Le modèle fonctionne déjà dans les cultures maraîchères, chez huit clients dans le nord du Finistère. Mais, le comportement des oiseaux varie selon les cultures, les paysages ou les sols. « En réalité, le principal défi de l’intelligence artificielle aujourd’hui est de collecter suffisamment de données dans des conditions très variées », poursuit le fondateur de Belver.
Les vols se dérouleront du sud au nord de la France et sous diverses conditions météorologiques.
Belver ne mène pas ce projet seul. La société travaille notamment avec la coopérative Terres du Sud pour faire les tests sur tournesol chez ses adhérents. En parallèle, elle sollicite les associations de protection de l’environnement et les fédérations de chasse. « Nous souhaitons éclairer les décisions, complète Audric Strumpler. En effet, une espèce peut être nuisible dans une région et pas dans une autre. L’enjeu est donc de mieux documenter scientifiquement la gestion de ces populations. »
Grâce au soutien de Sofiprotéol avec le FASO, l’entreprise espère désormais déployer la solution à plus grande échelle. Avec des technologies aussi avancées, la rentabilité repose sur un certain volume d’utilisation. « Nous pourrons ainsi réduire le coût par hectare pour que ce service devienne accessible aux exploitations de grandes cultures. »
Le modèle commercial se construit en parallèle. La prestation devrait s’appuyer sur un réseau de dronistes.
Reste à savoir comment se terminera cette nouvelle fable du corbeau et du renard : certainement avec des myrtilles dans des barquettes et des pots de confiture… plutôt que dans le jabot des oiseaux !

Audric Strumpler, co-fondateur de Belver lors de l’annonce des lauréats de l’appel à projets lancé par Sofiprotéol, le 26 février sur le stand de la Ferme Digitale (Salon international de l’agriculture).
« Notre mission est de protéger l’agriculture tout en respectant la biodiversité. Nous déployons un réseau de drones autonomes pour offrir aux agriculteurs du temps, du rendement et surtout de la sérénité. »

Annonce des lauréats de l’appel à projets numérique le 26 février pendant le Salon international de l’agriculture et sur le stand de La Ferme Digitale.
« Avec Sofiprotéol, nous avons fait le pari du levier numérique pour compléter les solutions et les innovations déjà existantes, témoigne Julie Auque, directrice data et innovation de Terres Inovia. Ainsi, nous sollicitons de nouvelles idées pour accompagner la filière sur trois grands enjeux, changement climatique, traçabilité et gestion des bioagresseurs. »
Ce troisième appel à projets spécifique au numérique, poursuit également deux autres objectifs. D’une part, il mobilise les entreprises de la tech autour de ces thèmes. D’autre part, il accompagne les start-up dans des phases souvent décisives. Elles concernent la démonstration de faisabilité, la preuve de concept ou encore le déploiement des solutions auprès des agriculteurs.
Cette année deux projets sont retenus. ResolPro est dédié à l’adaptation au changement climatique. Belver OléoPro, s’attaque à la gestion des nuisibles des cultures oléoprotéagineuses, notamment les oiseaux.
Créée en 1983 à l’initiative du monde agricole, Sofiprotéol, société de financement et de développement d’Avril, s’engage auprès des entreprises des secteurs agricoles et agroalimentaire. Au service des transitions alimentaires et environnementales, Sofiprotéol, partenaire durable, accompagne sur le long terme les entreprises de la filière afin notamment de consolider leurs fonds propres lors d’opérations de développement ou d’investissements visant à accroître leur compétitivité. Du crédit aux fonds propres, les solutions de financement proposées par Sofiprotéol sont fondées sur une approche industrielle et entrepreneuriale, et accompagnent le développement et l’innovation à tous les stades des filières : de l’amont des productions agricoles (semences, génétique, agrofournitures, etc.) à l’aval (secteurs agro‑industriel et agroalimentaire), en passant par les organismes collecteurs et la première transformation.
Sofiprotéol soutient également les entreprises et leurs partenaires académiques qui mènent des projets d’innovation collaboratifs comportant des travaux de recherche industriels ou de développement expérimental. Ces actions d’innovation ou de prospective sont financées au travers du Fonds d’Actions Stratégiques des Oléagineux et des Protéagineux (FASO), géré par Sofiprotéol, et financé par les cotisations interprofessionnelles (CVO) de la filière des huiles et protéines végétales.
Camille JOUAN
+33 (0)7 72 24 39 39 | camille.jouan@sofiproteol.com