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Innovation
FASO
03 février 2026

Quel héritage Impulse laisse-t-il pour décarboner les filières animales ?

Deux ans après la fin d’Impulse, Mathieu Guillevic, ingénieur R&D chez Valorex, dresse un premier bilan de son déploiement. Pour décarboner l’alimentation des porcs et volailles, des solutions existent avec les protéines végétales locales.

Le programme Impulse s’est clôturé fin 2023, que retenez-vous de cette expérimentation collective ?

Mathieu Guillevic : En tout premier, Impulse révèle qu’on peut transposer des solutions de décarbonation du laboratoire aux fermes. Nous avions conçu des rations alternatives de même valeur nutritive en intégrant des protéagineux et des tourteaux locaux. Dans le cadre d’Impulse, avec la coopérative Terrena et Tromelin Nutrition, nous prouvons que les résultats zootechniques sont au rendez-vous, aussi bien en volailles de chair qu’en porc charcutier. C’est une réussite.

Mais cela va au-delà d’un simple ajustement de formule ?

M. G. : Oui. Le programme montre que pour réduire la part de soja importé, une approche combinée est nécessaire. La féverole seule ne suffit pas. D’autres sources protéiques disponibles localement comme le colza, le tournesol et le soja métropolitain la complètent efficacement. Ainsi, Impulse permet de reconstruire des équilibres nutritionnels viables, tout en prenant en compte le coût réel des matières premières et les fluctuations du marché.

Justement, comment le contexte économique a-t-il influencé l’adoption des solutions développées ?

M. G. : Le projet s’est déployé dans les élevages pendant une période de fortes turbulences : guerre en Ukraine, flambée des coûts de l’énergie, inflation. Cela a bousculé les priorités en cours de route. D’ailleurs, pour faire face, des cahiers des charges ont assoupli les exigences sur les graines issues de soja OGM.

Cela a-t-il freiné le déploiement des formulations issues du programme ?

M. G.  : En partie, certainement. Aujourd’hui, nous avons un noyau d’éleveurs convaincus. Ils continuent à intégrer ces solutions dans leurs élevages, souvent sous des démarches comme Bleu-Blanc-Cœur. Certains partenaires ont aussi augmenté le pourcentage des protéagineux dans des formulations. De ce fait, ces nouvelles recettes trouvent un bénéfice technico-économique en élevage. Toutefois, pour aller encore plus loin dans la décarbonation, nous devons obtenir une valorisation en amont et en aval de la filière.

Comment ce surcoût peut-il être pris en compte dans la chaîne de production ?

M. G. : Les stratégies de Responsabilité sociale des entreprises constituent l’un des leviers les plus prometteurs. En effet, pour une entreprise soucieuse de décarboner ses activités et ces rations sont une vraie solution.

Ainsi, en additionnant les bénéfices sur la régénération des sols à ceux permis sur les animaux, ces solutions vont trouver leur place. En particulier pour l’alimentation, le choix ciblé des graines et leurs traitements spécifiques améliorent l’assimilation des protéines et de l’énergie.

Enfin, des incitations en aval de la chaîne de valeur, par exemple via la valorisation du carbone non émis, appuieraient l’intérêt de ces rations dans la durée.

Impulse peut-il inspirer d’autres filières ?

M. G. : Nos résultats ne s’adressent pas qu’aux contributeurs initiaux. On travaille déjà avec des éleveurs au-delà de nos zones, y compris en Centre-Val de Loire. Nous proposons une boîte à outils ouverte à d’autres filières, avec un mode d’emploi éprouvé sur le terrain.

Quelle est la valeur ajoutée pour les agriculteurs ?

M. G. : La féverole et les autres protéagineux sécurisent des débouchés pour les agriculteurs. Même modestes, ces usages en alimentation animale offrent une régularité. D’un point de vue agronomique, la féverole diversifie l’assolement et améliore la fertilité des sols. C’est aussi un levier d’autonomie protéique sur un territoire, donc de durabilité. Bien sûr, à condition que la filière suive.

Quelles pistes pour favoriser un usage plus large ?

M. G. : La stratégie est d’agir sur plusieurs fronts. Améliorer les rendements et la teneur en protéines des graines, optimiser la digestibilité de la féverole, affiner encore les formulations. C’est le travail des sélectionneurs, des tritureurs et des formulateurs. En parallèle, les référentiels environnementaux doivent évoluer, notamment via l’ADEME. Par exemple, des outils de référence comme Agribalyse valorisent ces efforts.

Le projet a-t-il consolidé un savoir-faire ?

M. G. : Absolument. Il a permis de tester des solutions dans des élevages réels, donc avec leurs contraintes techniques et économiques. Par conséquent, nous savons ajuster et réagir aux aléas. Ce capital technique, nous l’exploitons aujourd’hui. Il ne s’agit plus d’un prototype, mais de solutions matures et disponibles. Si demain le contexte change, on est prêt à relancer les volumes avec les protéines végétales locales.

En somme, Impulse a préparé le terrain ?

M. G. : Il ouvre une voie crédible, cohérente, qui s’intègre dans une vision long terme de la production animale. Ce n’est pas une solution de niche, ni une panacée mais une réponse solide aux enjeux de décarbonation et de souveraineté alimentaire.

 

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