Créer des PSE privés efficaces: l’apport structurant des oléoprotéagineux
Etudes
FASO
29 janvier 2026
Organisé les 15 et 16 janvier à Bruz (35), le Carrefour Séléopro destiné à la culture du colza a été particulièrement intense, rythmé par la restitution de 17 programmes de recherche mais aussi par des ateliers participatifs.
La complicité entre chercheurs et sélectionneurs, comme l’impatience de s’emparer des premiers résultats pour renforcer la robustesse du colza, étaient palpables lors du Carrefour colza Séléopro 2026.
De la présentation d’un outil pour explorer le pangénome à la restitution des enseignements du plan de sortie du Phosmet, la dynamique collective domine.
Retour sur ces deux journées avec Antoine Daulton, directeur innovation et filières chez Sofiprotéol et Martine Leflon, responsable du département génétique et protection des cultures de Terres Inovia.

Antoine Daulton (Sofiprotéol) et Martine Leflon (Terres Inovia) reviennent sur les temps forts du Carrefour Colza de janvier 2026.
Séléopro 2026 s’inscrit dans une histoire longue. Qu’est-ce qui fait sa singularité ?
Martine Leflon : Le format Séléopro Colza existe depuis 2022. Il provient du rapprochement entre deux dispositifs. Celui, historique, de soutien à la recherche semencière privée (FSRSO) et celui dédié au soutien de la recherche académique, Promosol. Il remplace donc les Carrefours colza organisés pendant trente ans par Promosol.
Quel est l’ADN du Carrefour Séléopro ?
Antoine Daulton : Nous sommes dans une logique de progression collective de la recherche. Elle s’organise autour des appels à projets que Séléopro finance. Séléopro crée avant tout un écosystème scientifique qui réunit les recherches académique et privée autour du colza. Les projets se répondent et s’alimentent mutuellement.
Martine Leflon : Effectivement, citons par exemple Resalt qui dépend du plan de sortie du Phosmet ou encore Vigo qui fait partie des programmes consacrés à la réussite de l’implantation du colza. Dans tous les cas, l’objectif est de discuter ensemble des résultats et des suites à donner. Certains viennent même présenter des thèmes de projets de recherche fondamentale pour les challenger avec des pairs et des sélectionneurs.
Cette quatrième édition a-t-elle eu son effet d’annonces sur la recherche variétale ?
Martine Leflon : D’abord, chaque édition se caractérise par son haut niveau scientifique. Mais surtout, elles ouvrent toutes des perspectives de recherche. Ainsi, cette année, lors de la présentation des mécanismes de résistance variétale aux altises étudiés dans le cadre du programme Resalt 2022-2025, Antoine Gravot, de l’Université de Rennes, a présenté des résultats encourageants. Pour la première fois, ceux-ci mettent en évidence l’existence de facteurs génétiques exploitables chez les crucifères. Une région du génome associée à un caractère de résistance aux altises, également nommé QTL de résistance (Quantitative Trait Locus), a notamment été identifiée. Certes, l’effet est modéré, mais, jusqu’ici, on pensait que les mécanismes impliqués étaient très compliqués. Là, on voit qu’il y a bien quelque chose à travailler.
Antoine Daulton : La réaction de la salle a été immédiate. Les sélectionneurs ont tout de suite compris l’enjeu et commencent à se projeter. Ce sont des moments forts qui montrent l’intérêt de partager les résultats, même lorsqu’un projet est en cours.
Pourquoi avoir ouvert ces journées Séléopro à des sujets qui dépassent la sélection variétale au sens strict ?
Martine Leflon : Parce que la sélection s’inscrit dans une approche agronomique globale. Des sujets comme les cultures pièges, les mélanges de variétés de colza ou les interactions entre bioagresseurs permettent de développer une culture scientifique commune. Ainsi, cela recontextualise les travaux de sélection.
Antoine Daulton : Ces enseignements aident aussi à aligner les acteurs sur les enjeux globaux de la culture.
Vous avez organisé quatre ateliers participatifs sur le thème du changement climatique. Qu’apportent-ils concrètement ?
Martine Leflon : Les ateliers sont un moyen efficace de confronter les points de vue entre chercheurs, semenciers, acteurs des filières et représentants du GEVES. Sur des sujets prospectifs comme le changement climatique, nous faisons émerger collectivement les priorités qui semblent les plus importantes.
Antoine Daulton : L’impact est très concret pour le GEVES. Dans le cadre d’une saisine sur l’adaptation au changement climatique et l’évaluation variétale, cette instance a lancé une enquête auprès des semenciers. En complément, lors des ateliers Séléopro, les représentants de cette instance ont pu sonder les participants. C’est la preuve d’une vraie création de valeur.
Les restitutions de ces ateliers nous confortent aussi dans les orientations des appels à projets Séléopro. En particulier, les semenciers nous confirment l’importance de poursuivre ceux sur l’implantation du colza ou sur l’évolution des maladies et ravageurs dans une situation de changement climatique. Par exemple, le phoma ressort en numéro 1 des maladies actuellement les plus dommageables pour le rendement. Ce classement s’entend si on n’utilise pas de résistances variétales. En revanche, en 2050, avec le changement climatique, le verticillium ressort en premier. Or, nous disposons de peu de connaissances sur le cycle de ce pathogène.
Séléopro restitue aussi les impasses. Pourquoi est-ce important ?
Antoine Daulton: Un résultat négatif reste un résultat. Le partager évite de repartir dans des directions déjà explorées. Ainsi, nous élaborons les projets suivants sur des bases plus solides. Par exemple, on le voit cette année avec la synthèse d’Antoine Guigniou d’INRAe. Contrairement aux méligèthes, les mélanges de variétés de colza sont inefficaces pour détourner les altises du colza d’intérêt. La porte se referme.
Un climat de confiance semble s’être installé au fil des éditions ?
Martine Leflon : C’est quelque chose de difficilement mesurable, mais essentiel. Les acteurs se connaissent, ils peuvent échanger sur la réalité des projets. Cette confiance se renforce avec le temps et passe par le présentiel lors des réunions comme le Carrefour Séléopro.
Les trois présentations sur le pangénome ont également marqué les esprits. Pourquoi ?
Martine Leflon : Ces présentations sur le pangénome mettent tout le monde au même niveau de compréhension. D’abord, deux chercheurs d’INRAe, Nicolas Lapalu et Fabrice Legeai, ont expliqué ce qu’est cette matrice et son usage. Elle recense et organise les différentes variantes génétiques au sein d’une espèce. Ensuite, François Sabot de l’Institut de recherche et développement a présenté l’outil de visualisation des graphes de pangénomes végétaux. La communauté du projet Savanache en est à l’origine. Le logiciel qu’elle a créé facilite la comparaison des graphes de séquences génomiques et répond aux besoins des améliorateurs. Enfin, un cas d’usage restitué par Mélanie Jubault d’INRAe-IGEPP concerne la sélection de colza résistant à la hernie du chou. Désormais, treize isolats de résistance sont caractérisés. Ces travaux se déroulent dans le cadre du Pangenoclub auquel Terres Inovia adhère.
Antoine Daulton : Point important, l’outil Savanache est mis à disposition des partenaires de Séléopro. Il peut réellement accélérer la recherche pour l’ensemble des acteurs. C’est tout l’intérêt du modèle Séléopro qui finance les travaux en sélection variétale dans le cadre d’un appel à projets. L’enveloppe provient majoritairement des cotisations des agriculteurs au travers des financements de Terres Univia, Terres Inovia et Sofiprotéol avec le Faso. Les semenciers contribuent aussi au dispositif Séléopro via l’Union française des semenciers, co-financeur du dispositif.
Avec cette démarche, notre objectif est d’amener de la valeur jusqu’aux fermes. Et cette valeur naît clairement de la force du collectif. Avant tout, nous travaillons pour la culture du colza, pas pour une entreprise.